Vouloir rechercher l’épanouissement est légitime. C’est une demande commune à de nombreuses personnes qui font un travail de développement personnel.
Mais cela pose des questions. Comment comprendre cette recherche ? Quelle est la relation entre le temps et l’épanouissement ? Dans un futur plus ou moins lointain, j’attendrai le rivage de l’épanouissement de l’autre côté du fleuve du temps. Il me faudra pour cela traverser le fleuve, ce qui me prendra du temps, nécessitera des efforts. Que désire-je quitter de ce côté-ci du fleuve ? La souffrance, la frustration, le manque de reconnaissance ?
Ainsi, la recherche de l’épanouissement est en fait une fuite devant la souffrance. Suivant la métaphore du Bouddha, le Bouddha est longtemps resté assis dans une forêt. Sans bouger (sans fuir), il contemplait les sources de sa souffrance. C’est ainsi qu’il a atteint l’illumination (la fin de la souffrance).
Comme disait Krishnamurti, le problème n’est pas la
souffrance, mais la peur de celle-ci. En voulant fuir la souffrance (en
intellectualisant la souffrance), je plonge dans le fleuve et je me retrouve
pris dans des tourbillons (les conflits) :
« Dès l’instant où l’esprit entre totalement avec la souffrance en tant que fait, ce fait même réduit à néant tous les facteurs de souffrance issus du temps et de la pensée. Donc la souffrance est abolie. »
J. Krishnamurti, De la
vie et de la mort, Editions du Rocher
(conférence de Saanen, 28 juillet 1964)