Une thèse soutient que ce qui est dangereux est de quitter la route des yeux. Du moment que vous restez les yeux fixés sur les panneaux de limitation de vitesse, vous pouvez continuer de discuter de l’état de santé de Madame Bettencourt. Vous ne risquez donc rien en achetant une BMW ou une Mercedes avec option kit mains libres. Une autre thèse affirme qu’un kit piétons suffit à votre sécurité, du moment que vous ne vous étranglez pas avec le fil des oreillettes (ce qui risque de provoquer une asphyxie, un éventuel arrêt cardiaque et donc, à priori, un accident). L’argument est que ce n’est pas plus dangereux que de se retourner pour donner un biberon à votre bébé qui hurle sur le siège arrière.
Le seul point sur lequel tout le monde se rejoint est qu’il vaut mieux éviter d’envoyer un sms en conduisant une voiture avec des pneus lisses en rentrant d’un repas bien arrosé sur une route verglacée un jour de brouillard.
Entraîné aux techniques de visualisation, j’ai un avis tranché sur la question : téléphoner et conduire ne vont pas ensemble.
Quand vous discutez avec un passager (même sans le regarder), vous savez qu’il est là. Vous n’avez pas besoin de l’imaginer (de le visualiser). Votre cerveau est habitué à repérer d’infimes détails, comme un changement de rythme de la respiration, le bruit produit par le frottement d’un tissu sur le siège traduisant un mouvement du corps. Vous entendez les mots de votre passager, mais vous savez aussi interpréter son langage non verbal. Discuter ne distrait pas votre attention de la route.Lorsque vous téléphonez à un interlocuteur absent, votre cerveau fait de son mieux pour le représenter en chair et en os. Cet effort est inconscient (involontaire), mais réel. Cela suffit à détourner votre attention de ce qui se passe devant vous. Vous êtes donc moins en sécurité.
Voici deux exercices que vous pouvez réaliser :
- invitez un ami à faire un tour avec vous. Choisissez une route dégagée (dans le désert de Lybie par exemple), ralentissez, puis fermez les yeux une seconde ou deux tout en parlant (le temps de dire à voix haute une ou deux fois « dix mille »). Ouvrez les yeux. Observez ce qui s’est passé en vous. Un sentiment d’inconfort, de flottement, rien ?
- maintenant, prenez le volant, téléphonez à un ami, tout en continuant à parler, fermez les yeux une ou deux secondes. Qu’avez-vous ressenti à cet instant ? Vous êtes-vous senti en sécurité ?