Etre fier de
gagner de l’argent est une source de motivation des plus honorables. Néanmoins,
il est parfois dangereux de s’identifier au seul niveau de ses revenus. Voici
quatre cas que j’ai rencontrés qui peuvent vous donner à réfléchir. Dans quelle
catégorie vous situez-vous ?
+ - Vous gagniez de l’argent, vous en
gagnez moins maintenant !
Peut-on éprouver de la compassion pour un financier qui souffre de gagner moins d’argent ?
Aux
environs de la cinquantaine, Alain faisait partie de la cohorte des financiers
qui avaient perdu leur job, entraînés dans le tourbillon de la faillite de
Lehman Brothers, à la suite de l’explosion de la bulle spéculative des
subprimes. Alain devait redescendre sur terre, renoncer à retrouver un boulot
chez ‘Rupin et Associés’ hyper bien payé. Il lui fallait faire le deuil de son
train de vie. Il était en proie au doute, il souffrait d’un manque de
reconnaissance sociale, il s’inquiétait pour l’avenir, pas seulement pour des
raisons financières, également pour l’opinion qu’aurait ses enfants de lui s’il
continuait à traîner derrière lui les boulets du prisonnier de l’exclu de la
haute finance. Alain a retrouvé un travail mais après avoir accepté une forte
diminution de sa rémunération. (*)
Le
niveau de souffrance est une question d’ordre subjectif. Ce qui compte c’est
l’intensité de ce que vous éprouvez, non la couleur de votre American Express.
+ + Vous gagniez de l’argent, vous en
gagnez encore plus !
Mathieu
avait réussi au-delà de ses propres espérances qui étaient pourtant élevées.
Animé par un esprit de compétition particulièrement développé, il avait vite
gagné ses galons de trader. Secoué par la crise des subprimes comme tant
d’autres, il avait serré les dents, puis rejoint une nouvelle structure très
agressive, commercialement parlant. Sa rémunération avait repris sa progression.
Il avait tout pour être heureux, il était encore jeune, épanoui dans son
mariage. Mais, voilà, il avait ce petit problème d’addiction. Son quotidien
était doré, mais stressant. Il avait pris l’habitude de recourir à des
excitants qui à coup sûr l’auraient fait arrêter par la patrouille du Tour de
France. Il ne savait pas s’il était dépendant à l’argent, mais il ne savait pas
comment se sortir de sa dépendance à des produits chimiques.
- + Vous ne gagniez pas beaucoup
d’argent, vous en gagnez plus maintenant !
Etait-ce
dû à la qualité du coaching (mais non, je n’ai pas un fort ego) ou aux efforts
déployés par Didier, le résultat était là. Après plusieurs années de bricolages
en tous genres, Didier avait réussi à combler les trous de son CV et à
affronter une série d’entretiens d’embauche avec une rare assurance. C’était
comme si une chape de plomb avait soudainement disparu de ses épaules. On
raconte qu’un ou deux habitants d’Hiroshima auraient survécu à la bombe A,
Didier, lui, avait survécu à la dégringolade de la dépression.
Il
avait maintenant ce qu’il avait décidé d’avoir. Une place dans une société
internationale prestigieuse, une situation, comme on dit. Il gardait cependant
dans un coin de sa tête un ou deux rêves non assouvis… Il aurait bien aimé
devenir photographe.
- - Vous ne gagniez pas assez, vous en
gagnez encore moins !
On croit avoir atteint le fond, mais comme dans Au dessous du Volcan de Malcom Lowry, il est parfois possible de descendre à un niveau inférieur de désespoir.
John
était un homme pressé. Son CV était impressionnant. Il avait étudié dans les
collèges et les universités les plus prestigieuses des USA. Son parcours
professionnel démontrait une grande puissance de travail et des aspirations
élevées.
Son
objectif de coaching était clair. D’origine anglo-saxonne, il était amoureux de
la France et il voulait un accompagnement pour une recherche de job. Il se
sentait frustré par sa rémunération actuelle indigne de lui (disons qu’il
travaillait dans une start-up). Sa frustration allait au-delà de
l’insatisfaction qui produit le repli sur soi et le découragement. On sentait
de la révolte, de l’indignation, de la colère. Il voulait gagner plus d’argent,
tout de suite, patienter lui était devenu intolérable. Il parlait de plus en
plus fort, en s’exclamant « I deserve it ».
John
regrettait les choix du passé. L’avenir lui paraissait noir. Comment pouvait-il
avancer dans ces conditions ?
Avant de pouvoir envisager une stratégie rationnelle, il lui fallait changer de perspective, changer la vision de lui-même, s’éloigner de l’équation :
« ma valeur = ma rémunération »,
« je suis mal payé = je ne vaux pas grand-chose ».
Il valait plus ce qu’il gagnait, mais pour s’en rendre compte, il dut d’abord se réconcilier avec lui-même.
(*) Vous pouvez aussi lire : Vous valez ce que vous avez