...Ce genre de situation traduit avant tout une rupture dans la communication.
Le même jour, au hasard des rencontres, j’entends une femme se demander comment faire pour que son mari cesse de trop manger : « c’est bien simple, il ne peut s’empêcher de vider son assiette ! »… interrogé sur ses besoins en consulting, un manager dit qu’il voudrait bien que l’un de ses collègues se décide à suivre ses directives : « cette situation est très pénible, c’est quelqu’un sur lequel je n’ai pas de prise, hiérarchiquement parlant, mais qui est toujours réfractaire à mes directives. Ah, si seulement il y avait une façon de le faire changer d’attitude ! »
Il existe une barrière entre la vie privée et la vie professionnelle (heureusement d’ailleurs), mais il est parfois intéressant de juxtaposer les deux. Le conjoint qui veut que l’autre cesse de manger, de boire, le parent qui veut que son enfant cesse de fumer, le manager qui désire que l’on ne s’oppose plus à lui ont tous la même interrogation : « Quelqu’un peut-il le(la) faire cesser son comportement absurde ? »
« Quelqu’un voudrait-il m’expliquer comment le(la) faire cesser… de boire, de fumer, de trop manger, de s’opposer à tout et à n’importe quoi, de vouloir délocaliser mon outil de travail, de m’empêcher de racheter mon concurrent, de licencier, de recruter ? »
Ce genre de situation traduit avant tout une rupture dans la communication. La femme qui regarde son mari vider son assiette est silencieuse, mais dans le reproche. Le parent qui déconseille à son fils de fumer du cannabis est dans le jugement (même s’il a raison), le manager qui entre dans la salle de réunion où se trouve son opposant de tous les jours exprime à travers ses crispations musculaires un mélange de ressentiment et d’exaspération. La tendre épouse ne communique plus vraiment avec son gros costaud. Le parent ne fait que renforcer la rébellion de l’adolescent qui s’affirme en s’opposant à son géniteur. Le manager de l’organisation en réseau va de réunion en réunion, de frustration en frustration.
Avant de vouloir communiquer un nouveau message il est indispensable de renouer les liens invisibles de la communication. Cessons de mettre la charrue avant les bœufs. Au lieu de dire « il est possible de se nourrir autrement », au lieu de dire « il est possible de dire non à son dealer sans passer pour un dégonflé aux yeux des copains », au lieu de dire « il est possible de discuter les décisions managériales autrement qu’en disant oui alors que l’on sait que l’on fera le contraire », il est, je le répète, nécessaire de montrer à l’autre un désir d’entrer en relation.
Puisque c’est vous qui désirez renouer ces liens (en supposant que vous vous reconnaissiez dans cette femme, ce parent ou ce manager), il vous appartient de prendre l’initiative, de reprendre le chemin de la communication. Dans le contexte de la vie de famille, ce n’est pas si difficile qu’on le pense. La première étape consiste à s’intéresser à ce qu’il y a dans l’assiette, à s’intéresser à la texture des aliments, à leur consistance, à leur goût. Il faut s’intéresser aux sensations vécues par l’autre, sans jugement, sans interprétation, juste avec curiosité !
Dans le cadre de la vie professionnelle, il faut un apprentissage pour raisonner autrement (ou bien l’intervention d’un consultant). Avant de vouloir changer l’autre, il faut parvenir à communiquer avec lui, à discuter de ce qu’il ressent.
Comme un pianiste qui travaille ses gammes, il est grandement bénéfique de retravailler les bases de la communication : la façon dont vous entrez dans une pièce, les gestes des bras, le sourire de bienvenue, la façon dont vous exprimez (corporellement parlant) l’ouverture ou l’affirmation de soi.