Voici un commentaire du livre d’Antonin Artaud, Les Tarahumaras, où il décrit les hallucinations provoquées par le peyotl (la mescaline).
Considéré par les uns comme fou, soumis aux électrochocs en asile psychiatrique, considéré par les autres comme un écrivain de génie, prophète du LSD, Antonin Artaud (1896-1948) part pour la haute Sierra mexicaine.
Au pays des Tarahumaras, détenteurs des secrets enfouis de l’Atlandide, Antonin Artaud se prend sa dose de drogue (le peyotl). A notre époque, le voyage initiatique de l’adolescent se limite à un aller-retour à Amsterdam avec un billet jeune SNCF. Antonin Artaud, lui, faisait ça avec style, fuyant l’asile, quémandant de l’argent pour son voyage transatlantique, le tout sous fond des bruits de bottes du nazisme, crapahutant dans la montagne d’une aride province mexicaine vingt-huit jours durant avant d’avoir le droit d’avaler le jus de plante hallucinogène local : « C’est un dimanche matin que le vieux chef indien m’ouvrit la conscience d’un coup de glaive entre la rate et le cœur… » (p. 16)
En dehors du côté poétique de son écriture, le récit d’Antonin Artaud éclaire sur les sensations provoquées par la drogue : « On se sent comme dans une onde gazeuse et qui dégage de toutes parts un incessant crépitement. » (p. 35)
La drogue modifie la conscience, procurant des hallucinations auditives, visuelles, le corps se libère de la pesanteur pour se fondre dans le cosmos. Antonin Artaud voit là une « guérison », une rédemption, une initiation. Est-ce agréable ? Pas toujours : « …on n’y parvient pas sans avoir traversé un déchirement et une angoisse, après quoi on se sent comme retourné et reversé de l’autre côté des choses et on ne comprend plus le monde que l’on vient de quitter. » (p. 35)
Voilà bien la différence avec la transe hypnotique. L’hypnose ericksonienne permet, elle aussi, d’expérimenter des états de conscience modifiés. Mais sans les côtés négatifs de la mescaline. Et, en plus, sans devoir prendre l’avion pour aller au Mexique (ce qui est pour le moins dangereux en ces temps de grippe mexicaine).