Face à la récession économique actuelle, il est frappant de constater que les réactions des managers sont souvent dictées par des principes financiers. La réduction des investissements et des frais généraux s’accompagne de réductions des frais de personnel, d’où une cohorte de délocalisations, de fermetures d’usines, de départs à la retraite précipités.
Comme la plupart des managers suivent la même stratégie, certains économistes en sont arrivés à parler de suicide collectif : les salaires dépriment, les acheteurs se font rares, la sinistrose s’installe, l’économie ralentit. Mais les financiers tiennent leurs objectifs : « on vous avait prédit des résultats en baisse, et bien on a tenu parole ! »
L’une des explications tient au développement de la globalisation qui a provoqué le développement de la fonction finance dans les entreprises. Cette globalisation a été permise par la libéralisation des services financiers, la libre circulation des capitaux, des marchandises et des personnes. Les phénomènes sont bien connus des économistes.
Jusqu’aux années 70, les fonctions reines du management étaient le marketing, la vente. La plupart des PDG avaient exercé des fonctions commerciales et/ou de responsable de centre de profit. Au cours des dernières décennies, la gestion de l’entreprise œuvrant dans un marché de plus en plus mondial est devenue de plus en plus complexe sur un plan financier. Les managers ont dû maîtriser la couverture des risques financiers, utiliser des instruments de gestion des taux d’intérêts, des prix de matières premières, etc. Les acquisitions et les cessions de divisions ont pris de l’ampleur, devenant indispensables à l’évolution de tout grand groupe, demandant des compétences en finance pour discuter d’égal à égal avec des banquiers d’affaires. Une tendance de fond est claire : beaucoup de dirigeants d’entreprise ont une culture plus financière que marketing. Les leaders d’aujourd’hui sont ne sont pas seulement experts en stock-options, ils le sont aussi en droit international et en finance internationale.
Cela se traduit aussi dans la gestion des ressources humaines. Jusqu’aux années 70, le leader était quelqu’un qui aimait diriger, donner des ordres, guider, motiver. Maintenant, le leader préfère externaliser, licencier les gros salaires, acheter l’expertise en achetant des entreprises ou en ayant recours à des consultants, engager des internationaux avec des contrats locaux.
On en arrive à la caricature du management d’Alcatel qui avait inventé le concept de l’entreprise industrielle sans usine : « Vendons les usines, laissons à d’autres le soin de gérer les hommes et occupons-nous de gérer les flux d’argent ».
Il faudrait peut-être réfléchir à un changement des processus de recrutement et de gestion des carrières, privilégier à nouveau la capacité à gérer des équipes.