Milton Erickson se considérait comme un scientifique et il a milité pour que le caractère scientifique de l’hypnose soit reconnu. Il a publié des dizaines d’articles de recherche sur l’hypnose dans des revues scientifiques, mais il n’a pas vraiment écrit d’ouvrage sur la théorie de l’inconscient.

 

Contrairement à Freud qui a largement développé sa (ou ses) théories de l’inconscient dans des ouvrages personnels, Milton Erickson a choisi la voie de la coopération. De nombreux auteurs -pour ne citer que Gregory Bateson, Jay Haley, Ernest Rossi, Richard Bandler et John Grinder (et plus récemment Stephen Gilligan)- ont théorisé la pratique de Milton Erickson. Leurs hypothèses théoriques ne concordent pas toujours, mais tous sont unanimes sur l’intérêt et l’efficacité de l’hypnose, telle que la pratiquait Milton Erickson.

 

Pour ceux qui ont lu des inductions de Milton Erickson, l’approche de la collaboration avec d’autres auteurs a du sens. Erickson était le champion des champions lorsqu’il s’agissait de déjouer une résistance. Au lieu de contredire son interlocuteur ou de ne pas accepter la contradiction (comme Freud avec Adler et Jung) il s’adaptait non seulement à son langage mais aussi à ses aprioris théoriques (Gregory Bateson était ethnologue, Ernest Rossi psychologue avec une passion pour les neurosciences, Grindler étudiait les mathématiques, Bandler la linguistique, etc). Une autre raison qui fait que la théorie de l’inconscient de Milton Erickson n’a pas donné lieu à beaucoup de recherches tient dans le fait que la plupart des ouvrages sur Erickson discutent surtout de deux sujets : comment induire une transe ; comment utiliser la transe pour provoquer une guérison.

 

En répondant à des questions posées par Ernest Rossi, Erickson livre cependant le principal élément de sa théorie : « La conscience et l’inconscient sont donc des éléments séparés ? Oui, ce sont des systèmes séparés » (1)

 

La phrase est simple, mais les implications sont complexes. Il y aurait donc à l’arrière de votre cerveau un inconscient (‘in the back of your mind’). Et vous ne le saviez pas.

 

Le conscient réfléchit, se souvient, sait des choses. Mais l’inconscient a ses propres idées, souvenirs, facultés de comprendre (‘ideas, memories, understandings’). Chacun a son savoir, mais ce sont deux systèmes qui fonctionnent différemment.

 

Je dirais que le conscient réfléchit, l’inconscient apprend.

 

Ce sont des processus inconscients qui interviennent dans tout apprentissage (‘learnings’). Vous avez appris à vous tenir debout, à marcher, à parler, à écrire, à nager. Toujours selon Erickson, l’inconscient apprend par l’expérience : « S. tente d’avoir une compréhension rationnelle de l’hypnose. Elle ne réalise pas que pour apprendre à nager, il faut entrer dans l’eau et en faire l’expérience réelle. Une connaissance intellectuelle et livresque de la nage ne marcherait pas. » (2)

 

Puisque ce sont des processus inconscients d’apprentissage qui interviennent, vous savez beaucoup plus de choses que vous n’en savez… consciemment. En conséquence, vous êtes capable d’accomplir beaucoup plus de choses que vous ne le pensez. Lors d’une conférence, Erickson disait : “We all can do so many more things than we realize.” (3) En faisant appel aux apprentissages du passé qui résident dans l’inconscient, vous pouvez, vous aussi, apprendre à maigrir, cesser de fumer…

 

Dans une autre conférence, Erickson explique que votre inconscient peut apprendre sans vous laisser percevoir que vous êtes en train d’apprendre ; mais, au moment opportun et dans la bonne situation, il saura faire émerger ce qui est essentiel au niveau du conscient. (4)

 

Lorsque Rossi lui demande s’il croie à un inconscient créatif, Erickson répond que  le conscient et l’inconscience sont deux états de conscience (‘awareness’) différents. (5) Vous pouvez descendre à pied les Champs-Elysées sans faire attention aux feux rouges, pourtant vous arrivez sain et sauf devant chez Virgin. Vous pouvez monter un escalier sans y penser, sans compter les marches, pourtant vous les montez une par une.

 

Comme le disait Erickson : « Lorsque les gens disent qu’ils n’aiment pas le froid, il s’agit simplement d’un biais conscient. Parfois, il est agréable d’avoir froid – particulièrement lorsque vous avez trop chaud. » (6)

 

La créativité n’appartient pas à proprement parler à l’inconscient. Mais, le plus souvent, ce sont les croyances, les parti pris (‘bias’ en anglais) qui entravent la créativité. Pour qu’une nouvelle solution ou une innovation puisse intervenir, il faut se libérer de ces croyances, parti pris. Or l’inconscient ne se construit pas de présupposé ! En faisant appel à son inconscient, on dépasse nos limites, celles que nous nous sommes imposées. C’est valable pour le sportif qui veut battre un record, comme pour Leonard de Vinci qui invente une machine.

 

 

 

 

(1) Erickson M., Rossi E. and Rossi S., Traité pratique de l’hypnose, Grancher, 2006 (p. 345)


(2) Erickson M., Rossi E. and Rossi S., Traité pratique de l’hypnose, Grancher, 2006 (p. 324)


(3) Erickson M ., Healing in Hypnosis (Seminars, Vol. I), Free Association Books, éd. 1998, p. 166


(4) Erickson M., Life Reframing in Hypnosis (Seminars, Vol. II), Free Association Books, éd. 1998, p. 47


(5) Erickson M., The Nature of Hypnosis and Suggestion (Collected Papers, Vol. I), Irvington Publishers, 1980, p. 119-120


(6) Erickson M., Rossi E. and Rossi S., Traité pratique de l’hypnose, Grancher, 2006 (p. 252)

 

 

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