Freud et Erickson étaient avant tout des thérapeutes. Ils
consacraient la plus grande partie de leur journée aux consultations. Avant
tout, ils s’intéressaient aux mécanismes de l’inconscient dans le but de
soigner.
Freud s’était aperçu que le fait de verbaliser les désirs refoulés et cachés avait un effet thérapeutique. Le désir vient de l’inconscient mais la conscience s’oppose à un désir trop puissant (inconvenant, choquant, immoral…). La conscience refoule ce désir. Le psychanalyste se sert de l’analyse du rêve pour déchiffrer le désir, pour le retrouver, pour l’amener à la conscience. Car le refoulement risque de s’accompagner de symptômes pathologiques :
« L’angoisse est un refus que le ‘moi’ oppose aux désirs refoulés devenus puissants ; c’est pourquoi sa présence dans le rêve est très explicable si le rêve exprime trop complètement ces désirs refoulés. » (2)
Dans cette vision de l’inconscient, on se retrouve face à un monde inconscient, à quelque chose d’indescriptible, à un « ça », d’où émergent des pulsions incontrôlables, des pulsions de vie (positives, dynamiques), de mort (destructrices, agressives). Dans l’Interprétation des rêves, il déclarait déjà :
« Il y a donc deux sortes d’inconscients, que les psychologues n’avaient pas encore distinguées. Tous deux sont inconscients, au sens que donne à ce mot la psychologie. Pour nous, l’un des deux, celui que nous appelons inconscient, ne peut en aucun cas parvenir à la conscience ; l’autre, que pour cette raison nous nommons préconscient, peut y parvenir après que ses excitations se sont confrontées à certaines règles, peut-être seulement après le contrôle d’une nouvelle censure, mais cela sans avoir égard au système inconscient. » (3)
Erickson pouvait partager les théories freudiennes, mais il utilisait différemment le mot inconscient. Pour Erickson, l’inconscient est une ressource !
La citation suivante, tirée de Hypnotherapy, An exploratory casebook, illustre bien l’importance qu’il donne à l’inconscient :
« Consciousness does not have available all the knowledge that is in the unconscious, which actually governs our perceptions and behavior. » (4)
Mais vous pouvez déjà voir qu’il associe connaissance (knowledge) et inconscient, ce qui est une façon de suggérer que vous pouvez apprendre de votre inconscient. Dans Hypnotic Realities (en français, le titre a été traduit par Traité pratique de l’hypnose), il déclare :
« Et il est très important pour les gens de savoir que leur inconscient est plus intelligent qu'eux. Il y a une plus grande richesse d’informations stockée dans leur inconscient. Nous savons que l’inconscient peut faire des choses, et il est important d’assurer au patient qu’il en est capable. Il doit désirer laisser son inconscient agir et dépendre moins de sa conscience. » (5)
Là aussi, il suggère que votre inconscient est susceptible de vous aider : vous avez un inconscient intelligent, vous pouvez y accéder (sinon ce ne serait pas important de savoir que votre inconscient est si intelligent). On est loin du <ça> de Freud !
Il est arrivé à de rares occasions qu’Erickson utilise le mot subconscient. Comme dans un article publié dans ses jeunes années en 1934 :
“ What hypnosis actually is can be explained as yet only in descriptive terms. Thus it may be defined as an artificially enhanced state of suggestibility resembling sleep wherein there appears to be a normal, time-limited, and stimulus-limited dissociation of the “conscious” from the “subconscious” elements of the psyche. This dissociation is manifested by a quiescence of the “consciousness” simulating normal sleep and a delegation of the subjective control of the individual functions, ordinarily conscious, to the “subconsciousness”. But any understanding of hypnosis beyond the descriptive phase is purely speculative.” (6)
Un débat de spécialistes pointe son nez à l’horizon : l’Inconscient dont parle Erickson est-il proche du préconscient dont parlait Freud ou bien du subconscient ? Si nous laissons de côté ce débat, nous nous retrouvons confrontés à deux possibilités. Soit Erickson avait une théorie de l’inconscient. Soit il n’en avait pas, ne se servant du mot inconscient que pour amener des suggestions positives, car son but était de soigner, pas d’élaborer une théorie abstraite.
(1) Freud,
S., Cinq leçons sur la psychanalyse, Petite Bibliothèque Payot, éd. 2001, p. 49
(2) Freud,
S., Cinq leçons sur la psychanalyse, Petite Bibliothèque Payot, éd. 2001, p. 51
(3) Freud S.,
L'interprétation des rêves, Paris, PUF, 5ème tirage 1980 (page
521-522)
(4) Erickson M. and Rossi E., Hypnotherapy An
Exploratory Casebook, Irvington Publishers, 1979 (p. 367)
(5) Erickson
M., Rossi E. and Rossi S., Traité pratique de l’hypnose, Grancher, 2006 (p. 38)
(6) Erickson M., Hypnotic Investigation of
Psychodynamics Processes (Collected papers, vol. 3), Irvington Publishers, 1980
(p. 8)