Cet ouvrage présente une vision très claire de l’histoire de la thérapie brève. Si vous désirez éclaircir votre compréhension de termes comme psychothérapie, école de Palo Alto, thérapie systémique, thérapie brève, thérapie stratégique, n’hésitez pas !
Le chapitre 4, Pratiques, processus et procédures cliniques est une très bonne introduction à des notions techniques comme le recadrage, la reformulation des idées négatives pour les transformer en énonciations positives, l’utilisation du paradoxe, l’utilisation de la résistance, les prescriptions de comportement.
Giorgio Nardone donne également une analyse chiffrée des résultats. Vous trouverez là des tableaux très parlants sur l’efficacité du traitement des troubles phobiques :
« En conclusion, le fait le plus significatif qui
ressort de cette analyse des résultats est l’étonnante efficience de ce genre
de traitement. Près de 80% des cas ont été traités en moins de 20 séances, et
en seulement quatre à cinq mois. Si nous comparons cet ordre de grandeur au
cadre temporel habituel d’une psychothérapie, on voit bien que ce protocole de
traitement est capable de produire des résultats efficaces sur de courtes
périodes. » (p. 134)
Le sous-titre de l’Art du Changement est Thérapie stratégique et hypnothérapie sans transe :
« En fait, l’élément qui,
jusqu’à une époque toute récente, a été négligé dans le travail d’Erickson est
l’approche stratégique qu’il a dessinée dans ses grands traits pour traiter ses
patients, qu’il s’agisse de célibataires, de couples ou de familles, sans
induire de transe. Bien qu’elle n’utilise pas l’hypnose pour elle-même, cette
thérapie révèle manifestement la conception sous-jacente de l’hypnose qu’avait
Erickson comme étant un phénomène relationnel et psycho-social… elle
s’effectuait par le biais d’un style particulier de communication thérapeutique
basé sur des formes raffinées du langage verbal et non-verbal. » (p. 61)
Ce sous-titre est une manière de reconnaître le caractère pionnier de Milton Erickson (pionnier... et génial). Bravo !
La notion d’hypnothérapie sans transe me fait poser une question. Il reste en effet à savoir s’il est possible d’utiliser des outils comme l’utilisation du recadrage ou la métaphore sans avoir une expérience préalable de la transe hypnotique (après tout, c’est bien la promesse des instituts de formation à la thérapie stratégique). Pour poser la question autrement, le fait de communiquer en se servant d’un double lien ne met-il pas la personne dans une transe légère (sans que celui qui pose la question ne s’en aperçoive forcément) ?
Ne pinaillons pas sur le fait que Nardone attribue la paternité du paradoxe à Bateson et non à Erickson (en réalité, Erickson a inventé le double lien, mais c’est Bateson qui l’a théorisé). D’ailleurs, les autres techniques (recadrage, jeu avec la résistance…) ont aussi été inventées par Erickson. C’est quand même grâce à Erickson que j’arrive à mettre mes enfants au lit (sauf les soirs de match du PSG):
« You tell
your children, “Do you want to go to bed at ten minutes to eight, or at eight o’clock?”,
and they will tell you eight o’clock. They don’t want ten minutes to eight;
they want to stay up until eight.” (**)
Traduction:
“Si vous demandez à vos enfants: voulez-vous aller vous coucher à huit heures
moins dix ou bien à huit heures? Ils vous répondront : à huit heures. Ils
ne veulent pas se coucher à huit heures moins dix, ils veulent rester réveillés
jusqu’à huit heures. »
(*) Nardone G., Watzlawick P., L’Art du Changement, L’ Esprit du Temps, 1993.
(**) M. Erickson, Mind-body communication in hypnosis, Free Association Books, éd. 1998, p. 133