Quelle est la nature de l'état dépressif? Si vous mettez dix thérapeutes dans une même pièce, vous n'aurez pas nécessairement les mêmes réponses. La dépression est-elle une maladie psychique réversible ou non? Peut-on en guérir? Et si oui, sans médicaments? Uniquement avec des médicaments? etc... Les freudiens ne sont pas toujours d'accord avec les lacaniens, les psychologues ne sont pas toujours d'accord avec les psychothérapeutes non diplômés de l'Université, les psychanalystes ne sont pas toujours d'accord avec les psychiatres.

Les questions théoriques sont d'autant plus complexes qu'elles sont plus ou moins consciemment influencées par l'appartenance du thérapeute à telle ou telle association psychanalytique, à tel ou tel courant universitaire, à telle ou telle spécialisation médicale (neurologique, psychiatrique, etc.). Suivant le point de vue du thérapeute, la façon de "soigner" l'état dépressif est un sujet de discussion inépuisable. C'est une bonne chose pour le débat scientifique!

Mais du point de vue du dépressif, il est moins évident qu'il s'intéresse à la vérité scientifique, du moins dans le contexte d'une demande de consultation avec un thérapeute. De son point de vue, il cherche à aller mieux sans vraiment se poser des questions théoriques. Une fois dans le cabinet d'un psychanalyste, il ne commence pas d'emblée par se demander s'il est dans l'antre d'un freudien ou d'un jungien.

Dans la communication ericksonienne, le thérapeute cherche à dialoguer avec le patient en employant le même vocabulaire. Face à un jardinier, Milton Erickson parlait de plans de tomates. Face à un camionneur, il parlait de changement de vitesse et d'embrayage. Pour reprendre une citation d'Ernest Rossi *:

"Erickson tend à être athéorique et pragmatique dans son approche. Ses connaissances proviennent de l'expérience pratique qu'il a acquise sur ce qui fonctionne ou non, plutôt que de spéculations théoriques".

Suivant cette approche naturelle, mon expérience m'a conduit à traiter la dépression comme si c'était une addiction. Peut-on approcher le désir de ne plus être dépressif comme le désir de cesser de fumer? J'ai donc essayé le genre d'enchaînement suivant avec de bons résultats. Une fois en état de transe, le patient est réceptif à l'idée qu'il n'est pas né dépressif mais qu'il était aussi innocent et parfait que peut l'être un bébé. Par des suggestions indirectes, en revenant sur l'apprentissage de la marche, de la lecture, vous pouvez amener l'idée qu'en réalité il a appris à devenir dépressif. Et qu'en conséquence, il peut maintenant apprendre à ne plus être dépressif, qu'il peut par exemple apprendre à être plus créatif. Plutôt que de combattre la dépression de front, le fait de l'accepter revient à la banaliser. Au lieu de se focaliser sur le fait que l'on est un malade (un déprimé), on se focalise sur ce que l'on aimerait apprendre, ce que l'on aimerait faire.


(*) Hypnotic Realities/Traité Pratique de l'Hypnose