Ecrire demande de la régularité dans l'effort.
Tenir un blog ou s'attaquer au manuscrit de la biographie familiale demande un
minimum d'investissement. Il en est de même si vous préparez une exposition de
photographies ou de tableaux. Les grands écrivains et artistes ont souvent une
routine. Un génie comme Picasso commençait ses journées à 6 heures du matin le
pinceau à la main au lieu de faire la grasse matinée. Diderot, lui, aimait le
silence de la nuit et le grésillement de l'odeur des bougies.
Vous pouvez,
comme Giono, savoir exactement où vous allez avant de commencer le travail
d'écriture. Non seulement le plan du livre était détaillé de façon
quasi-maniaque, mais Giono prenait même le soin de tracer sur une carte les
déplacements de ses personnages. A l'opposé, vous pouvez, comme Simenon,
découvrir le nom du meurtrier d'un roman noir en écrivant chapitre après
chapitre, en partant simplement du nom des personnages principaux jetés sur le
dos d'une enveloppe et d'une esquisse d'intrigue.
Ecrire, publier, exposer sont
des désirs présents en nous (... dites-moi si je me trompe). Certes, nous
sommes tous différents devant l'effort, mais trois grandes catégories se
dessinent.
1) La première catégorie regroupe les bavards, les curieux, les
étourdis, ceux qui ont de la joie de vivre. La découverte les motive, la
routine les étouffe. Ils n'aiment pas la solitude. Face à l'angoisse de la page
blanche ils vont faire un tour dehors, quitte à retarder le rendez-vous avec
leur éditeur. Ils sont capables de s'investir dans un projet à long terme, mais
à condition de mener plusieurs projets à la fois, de continuer à faire ce
qu'ils aiment: s'amuser en travaillant, passer d'un sujet à l'autre. Ils ont
aussi tendance à sous-évaluer la qualité de leur travail.
2) Le deuxième groupe
est constitué des obsessionnels. Ce sont les artisans laborieux qui vont de
page en page à la sueur de leur front. Ils n'ont besoin de personne pour se
mettre la pression. Ils se fixent des objectifs quantitatifs, tant de pages par
jour, tant de signes par heure. Ils aiment les horaires fixes, les habitudes.
Ils arbitrent en permanence entre le fait d'écrire et d'aller au bureau ou à la
gym. Ecrire est synonyme de sacrifice, de choix déchirants. "Non, je ne
vais pas à la plage en août, j'ai un manuscrit à terminer". Ils se
demandent s'ils méritent le succès, si leur éditeur ne va pas leur en vouloir,
si leur maman ne va pas leur reprocher de dévoiler l'intimité de la vie
familiale.
3) En dernier viennent les compétiteur-nés. Ecrire (ou peindre,
sculpter) est avant tout un défi personnel. Pour les motiver, il suffit de leur
dire qu'ils n'en sont pas capables. Ils peuvent quitter le confort du
boulot-dodo-métro pour se lancer à fond dans un travail artistique. Ils visent
l'exploit, le Goncourt, l'expo à Beaubourg. Ils travaillent comme des forcenés.
Bien que motivantes, de si hautes aspirations peuvent se retourner contre eux.
Le moindre revers, le premier manuscrit renvoyé, peut les décourager.
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Inégaux devant l'effort
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