Le tournoi de Roland-Garros vient de débuter. De set en
set, les retransmissions télévisées mettent en scène le duo champion-coach.
Dans le cas des sportifs de haut niveau, le rôle du coach sportif va souvent
au-delà de celui de l'entraîneur pour englober celui de préparateur mental.
Pour atteindre les premières places du classement mondial, il semble logique de
tout sacrifier au tennis, quitter la cellule familiale, intégrer le camp
retranché d'une académie, taper dans la balle ronde jour après jour. Le coach
fait office de papa, de maman, de diététicien, de préparateur sportif, de
donneur de conseils. Il interdit le saucisson, autorise l'hormone de croissance
(pardon, je confonds avec le vélo); il fixe aussi des limites à la vie privée.
Les frontières disparaissent entre la sphère privée et le sport pro (la sphère
professionnelle).
Une question vient alors à l'esprit. Peut-on concevoir
réussir dans un domaine de sa vie, sans se préoccuper nécessairement du reste?
En consultation, cette "croyance" est contenue dans la demande
initiale du client: "je voudrais réussir dans mon travail"...
"réussir ma vie de couple"... "réussir à mincir, à cesser de
fumer...". Bref, occupez-vous de mes problèmes de boulot, mais surtout
n'évoquez pas le reste.
Les expériences des coachs sportifs semblent démontrer
le contraire. Il n'est pas possible d'exceller dans l'approche mentale d'une
seule partie de la vie en faisant abstraction des autres parties. L'énergie
dépensée à se déplacer sur un court, à taper dans une balle jaune, est
dépendante de l'état d'esprit. Par nature, l'état d'esprit a quelque chose à
voir avec l'énergie développée dans d'autres compartiments de la vie. L'attitude
d'un champion par rapport à la compétition sportive est liée à son approche de
la vie, à son système de valeurs, à ses critères de décision, à la façon dont
il entre en relation avec les autres.
Vous l'avez peut-être observé au cours
d'une phase heureuse de votre vie. L'amour, le travail, la santé vont ensemble.
Et, en sens inverse, comme me racontait un ami: "le jour où j'ai appris
que j'étais licencié, j'ai trouvé des placards vides en rentrant à la maison,
avec un mot de ma femme disant qu'elle venait de me quitter pour son psy".
Tout ramener à un seul objectif, remporter le tournoi, ne peut qu'être source de stress et de crispation.