Vous avez tous entendu (ou vécu) des phrases comme
"Il m'a fallu rencontrer onze personnes différentes avant d'être
pris"; "Je ne sais pas ce que cela veut dire mais on me demande de
rencontrer encore quelqu'un d'autre", ou bien "je dois revenir les
rencontrer pour un énième rendez-vous". Le candidat est souvent désemparé,
ne sachant pas si c'est un bon signe ou non.
Contrairement à une idée reçue, un
recrutement réussi n'est pas un processus simple mais se déroule suivant deux
phases bien distinctes.
La première phase est celle de la sélection. Du côté du
recruteur, il fait son marché, il évalue, vérifie les compétences, cherche à
comprendre les plus et les moins. Cette phase de sélection est bien connue des
candidats. Le candidat traverse souvent une période de doute, d'interrogation
(sur sa valeur ou bien sur la direction qu'il souhaite donner à sa vie). Mais
il lui faut prendre sur lui, et donner de lui-même une image forte et positive
pour impressionner le recruteur. Il lui faut effectivement donner envie.
"Prenez-moi et pas un autre". "Choisissez-moi,
sélectionnez-moi".
A un moment donné, cette phase se termine. Le recruteur
a fait son choix. Le candidat, lui, ne se rend compte de rien. Il peut se
sentir désemparé, ne sachant pas si le fait que les rendez-vous se prolongent
est un bon signe ou non. Le candidat réagit en renforçant son côté Superman:
"je suis l'homme de la situation, je cours plus vite, je suis le plus fort
(je vous laisse mettre cela au féminin si vous êtes une Superwoman). Il se met
à négocier d'arrache-pied les conditions du contrat, pensant que c'est la
préoccupation essentielle du recruteur. Ou bien il perd pied, laissant le doute
s'installer... quelque part entre la partie gauche de son cerveau et la droite.
Lourde erreur! La seconde phase du recrutement vient de commencer, et il ne se
rend pas compte que de façon subtile mais réelle l'agenda du recruteur a changé.
Dans la seconde phase, on est dans la réassurance. Efforcez-vous de vous mettre
à la place du recruteur. Il a choisi entre plusieurs candidats, il continue à
discuter avec vous parce que vous lui plaisez (sinon, pourquoi voudriez-vous
qu'il perde son temps avec vous?). Vous l'avez impressionné. Votre expérience,
votre parcours, votre personnalité, tout cela convient au poste. Mais une
question vient insidieusement torturer le Senior Vice-President responsable de
la décision finale du recrutement: "Si vous êtes si bien que ça, pourquoi
voudriez-vous travailler dans mon entreprise jusqu'à votre retraite? Je ne
pourrais jamais vous augmenter suffisamment. Vous allez vite vous embêter.
Puisque vous avez une si grande expérience, un si grand potentiel, vous risquez
de vouloir partir chez l'un de mes concurrents un jour ou l'autre".
Pour
parvenir au nirvana de la signature de votre contrat, que vous soyez
fraîchement diplômé, ou un vieux loup de mer de la finance, vous devez
maintenant le rassurer. Il vous faut quitter le costume de Superman pour
endosser celui de grand-père ou de grand-maman. Ce n'est plus le moment de vous
imposer, mais celui de profiter de chaque contact pour envoyer un message
positif.
Un exemple? Un candidat arrive sur la fin d'un long processus. Le recruteur lui annonce que son contrat sera incessamment prêt. "Envoyez-le moi, dit le candidat, le temps de le relire et je vous réponds dans trois jours." Mauvais argument! Le candidat se croit encore dans la première phase, celle de la sélection, il joue à l'indifférent, à celui qui hésite entre plusieurs offres, il cherche à se montrer sûr de lui. Il n'a pas besoin de dire qu'il fera relire le contrat par un conseiller, ou qu'il lui faut du temps pour réfléchir. Au cours de la seconde phase, celle de la réassurance, le recruteur serait plus sensible à des messages comme: "Puisque je vous ai au téléphone, je voulais vous dire que j'ai déjà organisé mon déménagement, si on se met d'accord, comme je le souhaite, je vous confirme que je peux être opérationnel à partir de telle date".